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21 mai 2026
Nouvelle-Calédonie : modification du vote provincial
Le Parlement a adopté définitivement mercredi 20 mai une loi ouvrant partiellement le corps électoral des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie.Ce scrutin, prévu le 28 juin après trois reports, est considéré comme décisif pour l’avenir politique de l’archipel du Pacifique sud, peuplé d’environ 264 000 habitants. Ces élections servent à élire les assemblées des trois provinces. Une partie de leurs membres siège ensuite au Congrès de Nouvelle-Calédonie, chargé de désigner l’exécutif local. Actuellement, le corps électoral est gelé depuis 1998, date des accords de Nouméa. Pour pouvoir voter, il faut être arrivé avant cette année-là et justifier de dix ans de résidence à cette date, ou avoir un parent remplissant ces conditions. Ainsi, les personnes arrivées après 1988 et leurs descendants nés sur l’archipel ne peuvent pas voter aux élections locales.Cette loi permet à environ 10 500 personnes nées en Nouvelle-Calédonie, mais exclues jusque-là des élections provinciales, de voter le 28 juin. Le gouvernement souhaitait aussi autoriser le vote des conjoints mariés ou pacsés depuis au moins cinq ans avec un électeur calédonien. Cette mesure a été rejetée d’une voix, par 164 voix contre 163.La question du corps électoral reste très sensible localement. Elle avait déclenché les émeutes de 2024, qui ont fait 14 morts et causé environ deux milliards d’euros de dégâts.Les indépendantistes kanaks craignent que l’arrivée de nouveaux électeurs réduise encore davantage le poids politique du peuple autochtone kanak, déjà minoritaire. Après les trois référendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie remportés par le camp non indépendantiste entre 2018 et 2021, ils estiment que l’élargissement du corps électoral pourrait rendre toute future indépendance politiquement impossible. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) dénonce ainsi une « re-colonisation ».Le 7 mai, un comité de l’ONU avait exhorté la France à consulter davantage les représentants kanaks avant toute réforme liée au processus de décolonisation. Il critique des changements engagés sans réelle participation du peuple kanak ni des autorités coutumières.À l’Assemblée nationale, le texte a été adopté par 386 voix contre 127. L’extrême droite, la droite, les macronistes et les socialistes ont voté pour. La France insoumise, les communistes et les écologistes ont voté contre. Le Sénat avait déjà approuvé largement la réforme lundi, par 304 voix contre 20.Ce texte doit ensuite être examiné par le Conseil constitutionnel pour s’assurer de sa conformité avec la Constitution. Le Premier ministre Sébastien Lecornu espère, de son côté, relancer des négociations sur le statut de la Nouvelle-Calédonie après les élections provinciales.

