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05 novembre 2026
À revoir - Petite histoire de la grève
Il est d’usage que des grèves éclatent à l’automne de chaque année, on parle alors de « rentrée sociale ». Les appels à la grève concernent généralement de nombreux secteurs (PTT, rail, éducation nationale, services publics en général...) et sont lancés par différents syndicats. L’objectif est d’interpeller le gouvernement sur la crise énergétique, l’inflation, les retraites, le chômage et les salaires. Mais d’où vient cette pratique de la grève ? A quoi sert-elle ?De l’Égypte ancienne à la Révolution industrielleLes révoltes de travailleurs semblent être aussi anciennes que le travail ouvrier lui-même. Par exemple, dans l’Égypte ancienne, en 2558 avant Jésus-Christ, les ouvriers qui construisaient la pyramide de Khéops se sont mis en grève pour protester contre la suppression de leur ration quotidienne d’ail : en effet, une partie de leur salaire leur était payé en gousses d’ail, plante médicinale reconnue. Un siècle plus tard, en 1166 avant J-C, toujours en Égypte, les bâtisseurs du tombeau du pharaon cessèrent le travail car il y avait du retard dans leur paie distribuée en farine et en huile. Ils ne reprirent le travail que six mois plus tard, lorsque leurs revendications furent écoutées par Ramsès III. L’Histoire abonde de mouvements de grèves d’ouvriers, de paysans et d’artisans. Mais la grève est devenue une pratique de lutte beaucoup plus fréquente à partir de la Révolution industrielle, au XVIIIe siècle. En effet, le monde occidental passait d’une société agraire et artisanale à une société industrielle et commerciale, dans laquelle les travailleurs étaient concentrés dans de grandes unités de production : dans les usines de textile, de métallurgie, dans les mines... Les cadences sont dures, les accidents fréquents et les salaires misérables. Mais les ouvriers, rassemblés ensemble pendant des heures commencent à s’organiser pour réclamer des droits et des meilleurs salaires à leurs patrons. Un droit obtenu à partir du XIXe siècleLe droit de grève ne leur a pourtant pas été tout de suite accordé. Les grèves ont été longtemps interdites et ce droit n’a été obtenu qu’au prix de grandes luttes ouvrières. En France, le « délit de coalition » (qui interdit les rassemblements ouvriers et paysans) n’est abrogé qu’en 1864, sous Napoléon III. À partir de là, certaines formes de grèves sont autorisées et le mouvement syndical se développe. En 1884, la loi Waldeck-Rousseau autorise la libre création de syndicats professionnels. Ce n’est qu’en 1946, après la Seconde guerre mondiale, que le droit de grève entre dans la Constitution française.La grève est, dès le départ, un des outils de lutte privilégié des syndicats. Dès lors, les grèves se multiplient, parfois sévèrement réprimées, d’autres fois victorieuses : c’est souvent grâce à des mouvements de grève que des droits sociaux ont été acquis. L’une des premières grandes révoltes ouvrières en France est celle des Canuts (ouvriers du tissage de la soie) à Lyon dans les années 1830. La grande grève générale de 1936, qui mobilise six millions de personnes en France, a quant à elle abouti à la création des congés payés. Mais la plus grande grève de l’Histoire de France a lieu en mai 1968 : neuf millions de personnes cessent le travail, portant des revendications sociales (comme l’augmentation du salaire minimum) mais aussi sociétales (libéralisation des mœurs). La grève reste aujourd’hui un outil fédérateur des luttes sociales et du débat politique en France, d’où leur régularité.