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Pi sourd
02 juillet 2026
Biennale de Venise : l’œuvre d'un artiste sourd bouscule les normes
Du 9 mai au 22 novembre 2026 se tient la Biennale d’art contemporain de Venise. Fait exceptionnel, une exposition place la culture sourde au cœur de son projet artistique. Présentée dans le pavillon national polonais, elle est réalisée par deux artistes polonais : Bogna Burska, entendante, et Daniel Kotowski, sourd. Créée en 1895, la Biennale de Venise est l’un des plus importants rendez-vous mondiaux de l’art contemporain. Elle réunit une grande exposition internationale et cent pavillons nationaux, dans lesquels chaque pays présente l’artiste choisi pour le représenter. La manifestation attire habituellement près de 800 000 visiteurs.La présence d’artistes sourds y est restée très rare. Les archives de la Biennale permettent d’identifier la participation de seulement cinq artistes sourds, dont Daniel Kotowski. Son oeuvre, Liquid Tongues place les langues signées, le Deaf Gain (la richesse apportée par l’expérience sourde) et la critique du phonocentrisme (la suprématie accordée à la langue parlée) au cœur du projet artistique.L’œuvre prend la forme d’une installation vidéo, sonore et vibrotactile. Une chorale réunissant des personnes sourdes et entendantes y interprète des codes de communication des baleines en anglais parlé et en signes internationaux. Une grande partie de la performance a été filmée sous l’eau. Les visiteurs sont invités à s’allonger sur une assise vibrante afin de ressentir les vibrations de l’œuvre, tandis que les images sont projetées sur deux écrans.Images + vidéoLe projet présente la surdité comme une richesse culturelle et créative. L'accessibilité ne sert plus à compenser un manque, mais devient un moyen de création plastique, corporelle et poétique. En plaçant l'action sous l'eau, il renverse symboliquement les rapports habituels de domination : les personnes sourdes conservent leur liberté de communiquer, tandis que la parole des entendants devient difficile à comprendre. La surdité n'y est plus envisagée comme un problème individuel à réparer, mais comme une question sociale et politique liée aux normes entendantes. Daniel Kotowski précise dans un article du Beaux Arts Magazine du mois de juillet : « Avec ce projet nous voulons montrer aux entendants qu’il n’y a pas un seul mode de communication, c’est comme un don qu’on aimerait faire au monde. »Le public apprécie l’œuvre pour son approche sans culpabilisation. Elle invite simplement à changer de point de vue et à découvrir d’autres formes de communication fondées sur le geste, la vue, le rythme, les vibrations et le collectif. Les critiques d’art internationaux ont salué la beauté et la richesse conceptuelle de cette proposition. Il ne serait donc pas surprenant qu’elle soit récompensée à la fin de la Biennale, en novembre. Affaire à suivre…

