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Monde
25 février 2026
Ultra droite, ultra gauche : état des lieux de la violence politique
Depuis la mort du militant identitaire Quentin Deranque le 14 février dernier, extrême droite et extrême gauche s'affrontent sur la question de la violence politique. Une distinction sémantique tout d’abord : si les médias emploient souvent indifféremment les termes « extrême » et « ultra » associés à « droite » ou « gauche », « ultra » désigne généralement une frange qui recourt à la violence pour imposer ses idées radicales, quand « extrême » qualifie des personnes aux idées radicales, mais légalistes. Ces deux mouvances restent toutefois poreuses, les liens entre elles étant fréquents.Selon un rapport du Centre de recherches de la gendarmerie nationale de janvier 2026, les actions de l'ultra gauche ciblent majoritairement des bâtiments et des infrastructures, alors que celles de l'ultra droite visent principalement les personnes, immigrés ou militants de gauche. En 2025, aucun acte terroriste n’a été imputé à l’ultra gauche, contre un à l’ultra droite, l’assassinat d’un Tunisien dans le Var. En avril 2023, Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, déclarait devant une commission sénatoriale que neuf projets d'attentats de l’ultra droite avaient été déjoués depuis 2017, contre un seul imputable à l'ultra gauche.Concernant les violences meurtrières, la chercheuse Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique, indique qu’entre 1986 et 2026, l'ultra droite a causé 58 morts, contre six pour l'ultra gauche, et constate une hausse des violences politiques depuis dix ans. Aux affrontements réguliers entre groupes ultras s’ajoutent ceux liés aux conflits sociaux comme celui des Gilets jaunes. La gauche radicale y est majoritaire et vise en général les forces de l’ordre lors de manifestations. Quant aux agressions politiques, elles sont pour 60 % le fait de la droite radicale et visent les personnes d’origine étrangère ou les militants d’extrême gauche et 25 % du fait de la gauche radicale, et cible les militants d’extrême droite.Alors que faire contre cette violence politique ? Emmanuel Macron a convoqué hier une réunion sur la lutte contre les groupes d’action violente. Depuis 2017, les dissolutions de groupuscules se sont multipliées, mais beaucoup de chercheurs doutent de l’efficacité d’une telle mesure. Elle a un effet direct sur leurs finances et sur leurs biens, mais n'entraîne aucune condamnation de leurs membres, qui rejoignent ou forment d’autres groupes, devenant plus difficiles à surveiller. Il serait plus utile, concluent-ils, d’avoir une réponse judiciaire plus efficace et une stratégie visant à réorienter les militants vers l'action politique légale.