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Monde
19 octobre 2026
Manifestations du 17 octobre : des revendications éclipsées par les violences
550 000 à 800 000 personnes selon les sources ont manifesté partout en France samedi. Anciens gilets jaunes, lycéens, étudiants, syndicalistes de la CGT et de Solidaires dénonçaient la vie chère et la casse des services publics. Les jeunes réclamaient aussi de meilleures conditions d’enseignement, plus de moyens et une réforme de Parcoursup.Ces revendications ont été éclipsées par les violences en marge des cortèges. L’hôtel de ville de Limoges a été incendié, ceux de Marseille et de Lille attaqués, des magasins pillés. Selon la Fédération du commerce et de la distribution, 1 500 commerces ont été touchés. Le ministre du Commerce, Serge Papin, réunit ce matin fédérations, banques et assureurs pour évaluer les dégâts.Le ministère de l’Intérieur recense 2397 interpellations. L’IGPN est saisie de trois enquêtes : une adolescente a perdu un œil à Mulhouse, un manifestant a été blessé au crâne à Paris, un autre a eu la main arrachée à Saint-Étienne. Environ 1000 personnes appartenant aux forces de l’ordre ont été blessées.Les critiques sont vives contre le dispositif de sécurité en place. La candidate écologiste à la présidentielle Marine Tondelier accuse le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez d’avoir abandonné des villes aux casseurs « pendant que des manifestants pacifiques étaient violentés ». Les maires de plusieurs villes déplorent un manque de moyens et demandent des comptes. Laurent Nuñez reconnaît qu’il y a eu un manque d'anticipation et une perte de contrôle dans la mobilisation des forces de l'ordre. Ce matin, il a remis sa démission à Emmanuel Macron, qui l’a refusée.Sebastian Roché, sociologue spécialiste des pratiques policières, estime que ces violences sont à rapprocher de l'approche sécuritaire choisie par Laurent Nuñez, qui avait déclaré avant la manifestation que les policiers et gendarmes devaient pouvoir utiliser l'ensemble des armes intermédiaires (taser, LBD, grenades de désencerclement ou lacrymogènes) à leur disposition. Or, ces propos ont pu « ouvrir la porte à des groupes de casseurs » car « la violence d'État appelle la violence sociale ».Dans un discours prononcé hier soir, Emmanuel Macron a assuré que l’exécutif sera « intraitable » face aux casseurs, ajoutant qu’ils ne doivent pas être confondus avec les manifestants aux revendications légitimes, et promet la transparence sur le maintien de l’ordre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu réunira prochainement partis, syndicats, organisations étudiantes et élus pour construire des réponses sociales.La coordination des gilets jaunes organisateurs dénoncent un discours vide. La gauche et les syndicats regrettent l’absence de réponses sociales, la droite et l’extrême droite jugent le discours insuffisant sur l’ordre. Sur les réseaux sociaux circulent déjà des appels à une nouvelle manifestation pour le samedi 24 octobre.

