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Monde
16 avril 2026
Loi Yadan : entre lutte contre l’antisémitisme et débat sur la liberté d’expression
L’Assemblée nationale examine jeudi et vendredi une proposition de loi portée par la députée des Français de l’étranger, dont la circonscription inclut notamment Israël, Caroline Yadan, apparentée Ensemble pour la République, qui vise à lutter contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Le texte s’inscrit dans un contexte de hausse des actes antisémites et entend notamment cibler certaines expressions jugées comme relevant d’un antisémitisme dissimulé derrière l’antisionisme, c’est-à-dire l’opposition au sionisme, le mouvement à l’origine de la création de l’État d’Israël. Un terme qui recouvre aujourd’hui des positions diverses, allant du refus du droit d’Israël à exister à la critique de la colonisation jugée illégale des territoires palestiniens.Le texte élargit le délit d'apologie du terrorisme en y ajoutant la provocation « implicite », et sanctionne la minoration ou la banalisation outrancière de tels actes. Il crée un délit d'appel à la destruction d'un État reconnu par la France. Il étend aussi le délit de contestation des crimes contre l'humanité et de la Shoah en ajoutant à leur négation leur minoration ou leur banalisation outrancière.Le texte bénéficie du soutien d'Ensemble pour la République (principal groupe de la majorité présidentielle), de la droite, de l'extrême droite, du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA). Ses partisans font valoir la nécessité d’une meilleure réponse pénale face à la hausse des actes antisémites en France.Parmi les détracteurs du texte, la gauche, notamment la France insoumise, la Ligue des droits de l’homme (LDH), le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), et l'Union juive française pour la paix. Une pétition dénonçant un amalgame entre antisémitisme et critique d’Israël, et appelant au rejet du texte, a dépassé les 700 000 signatures.Ils dénoncent une atteinte à la liberté d’expression, ainsi que le flou juridique et l’imprécision des termes employés qui risquerait de provoquer une autocensure des militants, journalistes et chercheurs : un militant brandissant une pancarte « Résistance palestinienne » pourraient-il être poursuivi pour provocation implicite à l'apologie du terrorisme ? Qualifier Israël d’« État nazi » relèverait-il d’une banalisation de la Shoah, d’une remise en cause de son existence ou d’une critique politique ?Les opposants dénoncent aussi un texte contre-productif dans la lutte contre l'antisémitisme : en associant l'ensemble des citoyens juifs à la politique dIsraël, la loi les exposerait davantage en prétendant les protéger.De son côté, Caroline Yadan affirme que son texte vise la haine des Juifs, sans remettre en cause la liberté d’opinion ni la critique d’Israël.Le texte doit désormais être examiné en séance : c’est à l’Assemblée nationale de trancher.